Tuesday, February 17, 2015


15/02/2015


Les rescapes de l’an 2015 de Mr. Bahjat Rizk




Nous voilà donc en 2015 et dans un peu plus d’un mois, le 14 février, nous commémorons d’abord au Liban, la première décennie de l’assassinat du président Hariri et deux mois après, le 13 avril, la quatrième décennie du début de la guerre du Liban (1975).


Certes, il y aura également d’autres commémorations durant cette année, dont le centenaire du génocide arménien (24 avril 1915) et d’autres dates à célébrer ou pour se souvenir, d’autres dates de naissance et de mort, de conquête ou de défaite. Les peuples avancent dans la vie, en marquant d’une pierre blanche, les moments bouleversants, heureux ou malheureux. En les fixant dans nos mémoires, nous pensons les conserver ou les surmonter, pour nous construire ou nous reconstruire.

La première décennie de l’assassinat du président Hariri et la quatrième décennie du début de la guerre nous révèlent hélas au Liban, que nous soyons toujours à la même place, comme si avec le choc ou la rupture, le temps s’était figé. Avons-nous compris ce qui s’est passé dans nos vies ? Nous sommes toujours là, identiques à nous-mêmes, en quête non aboutie d’identité. Nous sommes à nouveau dans une vacance présidentielle (ce qui arriva en 1975 avec la mise à l’écart du président en exercice). Nous avons toujours une formation paramilitaire à côté de l’armée officielle (après les Palestiniens armés et les Forces libanaises armées, c’est le parti de Dieu qui importe le conflit armé syrien au Liban). Notre système oscille toujours, entre un système de fédération communautaire active et une démocratie parlementaire consensuelle paralysée. Soudain, je me remets à me ressouvenir de cette année 1975, où j’émergeais à peine de l’enfance, avec la montée de la violence, tout d’abord diffuse et confuse et puis de plus en plus, sourde et concentrée, après l’explosion du 13 avril. Il y avait cette tension latente, surtout après les évènements des camps de 1973 et nous savions, que la classe politique divisée, était dépassée et qu’elle ne pourra pas gérer le conflit, le moment venu. Les choses semblaient en marche dans un processus irréversible, qui se poursuivait à notre insu et contre notre gré.

Soudain cette sensation désagréable et contraignante, que les choses inéluctablement nous échappent. C’est comme si notre cadre de vie avait explosé. Comment donc quarante ans après, reconstruire le cadre libanais et l’établir à l’intérieur de nous-mêmes ? Comment définir un pays concrètement et autrement, que de manière littéraire ? Un pays réel et non rêvé, un pays en partage et non à partager ? Pourra-t-on un jour dépasser nos différences culturelles et les empêcher, de se transformer en différends politiques suicidaires ? Et que faire de cette angoisse latente, qui monte graduellement et inexorablement, et cette peur d’être piégés à nouveau, dans un cycle de violence implacable, inutile et interminable ?

Certes, nos parents ont 40 ans de plus, nos grands-parents sont partis, d’autres générations sont arrivées, mais nous avons toujours le sentiment, que les choses sont bloquées et qu’elles n’évoluent pas, mais risquent à nouveau, de dégénérer comme un cauchemar, qui ne se dissipe pas. Le coût de la guerre a été trop lourd et nous ne sommes pas sûrs qu’elle soit derrière nous. Ce qui nous manque surtout, c’est la conviction que les choses sont passées et que notre présent est différent, ouvert sur l’avenir et que nous ne tournons pas en rond.

Avoir passé 40 ans de sa vie, dans un cadre éclaté, que nous ne parvenons pas encore à durablement délimiter, suppose que nous continuons à nous mentir à nous-mêmes, à vouloir gagner du temps, être en perte de vitesse et fuir en avant. Que faudrait-il attendre d’un nouveau président encore hypothétique ? Qu’il ouvre une nouvelle page et qu’il enterre le passé et non qu’il continue d’atermoyer et de retarder le démembrement. Un président rassurant et apaisé, qui peut nous réconcilier avec notre histoire et avec nous-mêmes.





15/2/2015

Quel Président ?

 Un premier commentaire


 « J'ai beaucoup apprécié votre article, cher Mr. Rizk. Les questions que vous vous posez n'ont cessé de me lanciner depuis mon retour au pays en 2005. Ces dix ans de réflexions m'ont amené aux conclusions suivantes. Qui voulons-nous comme Président? Un De Gaulle, un John Kennedy, un Franklin Roosevelt, un Churchill ou un Gamal Abdel Nasser? Tous ces leaders ont réussi dans leur pays, dans des circonstances qui ne sont pas celles dans lesquelles nous vivons a l'heure présente. En une certaine manière je serais enclin à pointer vers un Nelson Mandela qui a réussi à réconcilier deux races qui se haïssaient mutuellement et à les convaincre de travailler ensemble, Mais, plus concrètement, et plus proche de nous, j'opterais pour un Fouad Chehab qui avait su trouver la vraie voie pour le Liban, mais n'a pas pu ou n'a pas voulu (nous ne le saurons probablement jamais) poursuivre et solidifier son œuvre sept autres années. Mais là où Chehab a échoué par manque de temps, un nouveau Président devrait réussir, à condition qu'il puisse recruter et motiver suffisamment de citoyens désireux et décidés à le suivre. C'est là tout le secret et tout ce que nous attendons de ce Président, Qu'il ait la VISION et qu'il l'inocule à suffisamment de citoyens. Je décrirais cette VISION en deux mots seulement: GOUVERNANCE PARTICIPATIVE. Par le peuple, pour le peuple, et avec le peuple. »

17/2/2015

C’est réglé, vous dis-je

Un second commentaire


Je publie aujourd’hui une seconde réponse aux questions posées par Mr. Bahjat Rizk dans son article du 15/2 intitule : les rescapes de lán 2015.

Cher monsieur Rizk, dans une première réaction a votre excellente envolée du 15/2, je m’étais efforce de tacher de répondre a votre toute dernière interrogation concernant la venue et les qualifications du président que l’on nous a force à attendre vainement depuis le 25 Mai 2014. Mais il semblerait, à présent, que la « clique » se soit décidé que le moment était finalement venu de nous octroyer ce « jouet » tant désiré.

Comme je l’avais mentionné précédemment, nous avions le choix entre deux alternatives : ou reformer à grands coups ou subir la ruine a petit feux. Les « powers at be »  en ont décidé autrement. Ils ont découvert une troisième alternative.

Un premier constat

 Tout d’abord, selon mon entendement,il n’est plus question de changement dans la routine habituelle:
i.              Pas de tentative de remboursement de la dette. Le statu quo demeure et la dette continuera à gonfler.
ii.             La décision de livrer le pays à l’Iran est prise. Celui-ci se chargera de naviguer la barque, d’où le dernier slogan Yéménite : « Le Yémen n’est pas le Liban »
iii.            La nomination d’un président qui s’engagerait à superviser l’exécution d’un programme qui lui serait impose a ete pratiquement decidee.
iv.           Le pétrole et le gaz sont donnes en gage à l’Iran en échange de cette « stabilité ».

Les resultats anticipes

Que les quelques 15,000 « familles », c’est le cas de le dire, qui profitent, de la situation actuelle, se rassurent.  Leurs intérêts ne sont plus en péril :
i.              Les magouilleurs des enregistrements des biens-fonds ne seront pas inquiétés et pourront poursuivre sans inquiétudes leurs magouilles de sous-évaluations de propriétés qui coutent à l’Etat $1.7 milliards de dollars par an.
ii.             Les propriétaires de générateurs prives garderont leurs privilèges lucratifs car les usines de génération d’électricité ne sont pas pour demain, et le Trésor continuera à saigner de $2 milliards annuellement.
iii.            Les « hommes d’affaires » ont déjà la salive à la bouche à l’idée des contrats juteux qui leur seront accordés (port de Beyrouth, projets de Tripoli, barrages et routes inutiles ou nuisibles etc. etc.). Dieu seul sait combien ces projets couteront au Trésor et risquent de ruiner, un peu plus notre économie et notre environnement. Mais ces considérations sont superflues, je vous le dis.
iv.           Les banquiers sont rassures car il n’est plus question, naturellement, de leur demander de réduire les 6.5% d’intérêts qu’ils récoltent chaque année sur une dette qui n’aurait jamais dû exister au départ. Peut-être même, que l’on pourrait considérer en relever le taux d’un  demi pour cent « vu les circonstances » ….. Qu’importe si la Dette Libanaise risque d’atteindre d’ici 2032 deux ou trois cent milliards de dollars. L’Iran a les poches larges, et peut se le permettre.
v.            Les employés « fictifs » dans les recoins de l’Administration qui risquaient de voir leurs juteux emplois disparaitre à la suite de reformes sérieuses seront rassures. Ils n’ont plus rien à craindre. Tout retournera « à la normale », comme par le passe.
c.             Mais alors, me demanderiez-vous, comment allons-nous financer tout cela et qu’adviendra-t-il de la dette ?

Les expectatives

En  échange de la venue d’un Président favorable aux projets persans, l’Iran continuera à financer le gonflement inéluctable de cette dette quitte à se faire rembourser (jusqu’au dernier centime, n’en doutez pas) quand le pétrole et le gaz commenceront à couler. 

Ne perdez pas de vue que, quand il y va de son intérêt, l’Iran a la vision large et la patience sans limites.

Mais alors, qu’adviendra-t-il des reformes dont nous avions rêvé, des inégalités croissantes au sein de la population, des manques de débouchés pour les jeunes, des atteintes à l'environnement, des services sociaux qui se font de plus en plus rares ? Oublions-les, je vous le dis. Tout est une question de géopolitique en définitive. D’ailleurs qui accepterait que le Liban  joue le beau rôle et donne le bon  exemple dans cette région du monde ?


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