La première décennie de l’assassinat du président Hariri et la
quatrième décennie du début de la guerre nous révèlent hélas au Liban, que nous
soyons toujours à la même place, comme si avec le choc ou la rupture, le temps
s’était figé. Avons-nous compris ce qui s’est passé dans nos vies ? Nous sommes
toujours là, identiques à nous-mêmes, en quête non aboutie d’identité. Nous
sommes à nouveau dans une vacance présidentielle (ce qui arriva en 1975 avec la
mise à l’écart du président en exercice). Nous avons toujours une formation paramilitaire
à côté de l’armée officielle (après les Palestiniens armés et les Forces
libanaises armées, c’est le parti de Dieu qui importe le conflit armé syrien au
Liban). Notre système oscille toujours, entre un système de fédération
communautaire active et une démocratie parlementaire consensuelle paralysée.
Soudain, je me remets à me ressouvenir de cette année 1975, où j’émergeais à
peine de l’enfance, avec la montée de la violence, tout d’abord diffuse et
confuse et puis de plus en plus, sourde et concentrée, après l’explosion du 13
avril. Il y avait cette tension latente, surtout après les évènements des camps
de 1973 et nous savions, que la classe politique divisée, était dépassée et
qu’elle ne pourra pas gérer le conflit, le moment venu. Les choses semblaient
en marche dans un processus irréversible, qui se poursuivait à notre insu et
contre notre gré.
Soudain cette sensation désagréable et contraignante, que les choses
inéluctablement nous échappent. C’est comme si notre cadre de vie avait
explosé. Comment donc quarante ans après, reconstruire le cadre libanais et
l’établir à l’intérieur de nous-mêmes ? Comment définir un pays concrètement et
autrement, que de manière littéraire ? Un pays réel et non rêvé, un pays en
partage et non à partager ? Pourra-t-on un jour dépasser nos différences
culturelles et les empêcher, de se transformer en différends politiques
suicidaires ? Et que faire de cette angoisse latente, qui monte graduellement
et inexorablement, et cette peur d’être piégés à nouveau, dans un cycle de
violence implacable, inutile et interminable ?
Certes, nos parents ont 40 ans de plus, nos grands-parents sont partis,
d’autres générations sont arrivées, mais nous avons toujours le sentiment, que
les choses sont bloquées et qu’elles n’évoluent pas, mais risquent à nouveau,
de dégénérer comme un cauchemar, qui ne se dissipe pas. Le coût de la guerre a
été trop lourd et nous ne sommes pas sûrs qu’elle soit derrière nous. Ce qui
nous manque surtout, c’est la conviction que les choses sont passées et que
notre présent est différent, ouvert sur l’avenir et que nous ne tournons pas en
rond.
Avoir passé 40 ans de sa vie, dans un cadre éclaté, que nous ne
parvenons pas encore à durablement délimiter, suppose que nous continuons à
nous mentir à nous-mêmes, à vouloir gagner du temps, être en perte de vitesse
et fuir en avant. Que faudrait-il attendre d’un nouveau président encore
hypothétique ? Qu’il ouvre une nouvelle page et qu’il enterre le passé et non
qu’il continue d’atermoyer et de retarder le démembrement. Un président
rassurant et apaisé, qui peut nous réconcilier avec notre histoire et avec
nous-mêmes.
15/2/2015
Quel Président ?
Un premier commentaire
« J'ai beaucoup apprécié votre
article, cher Mr. Rizk. Les questions que vous vous posez n'ont cessé de me
lanciner depuis mon retour au pays en 2005. Ces dix ans de réflexions m'ont
amené aux conclusions suivantes. Qui voulons-nous comme Président? Un De
Gaulle, un John Kennedy, un Franklin Roosevelt, un Churchill ou un Gamal Abdel
Nasser? Tous ces leaders ont réussi dans leur pays, dans des circonstances qui
ne sont pas celles dans lesquelles nous vivons a l'heure présente. En une
certaine manière je serais enclin à pointer vers un Nelson Mandela qui a réussi
à réconcilier deux races qui se haïssaient mutuellement et à les convaincre de
travailler ensemble, Mais, plus concrètement, et plus proche de nous,
j'opterais pour un Fouad Chehab qui avait su trouver la vraie voie pour le
Liban, mais n'a pas pu ou n'a pas voulu (nous ne le saurons probablement
jamais) poursuivre et solidifier son œuvre sept autres années. Mais là où
Chehab a échoué par manque de temps, un nouveau Président devrait réussir, à
condition qu'il puisse recruter et motiver suffisamment de citoyens désireux et
décidés à le suivre. C'est là tout le secret et tout ce que nous attendons de
ce Président, Qu'il ait la VISION et qu'il l'inocule à suffisamment de
citoyens. Je décrirais cette VISION en deux mots seulement: GOUVERNANCE
PARTICIPATIVE. Par le peuple, pour le peuple, et avec le peuple. »
17/2/2015
C’est réglé, vous dis-je
Un second commentaire
Je publie aujourd’hui une seconde réponse aux questions posées par Mr.
Bahjat Rizk dans son article du 15/2 intitule : les rescapes de lán 2015.
Cher monsieur Rizk, dans une première réaction a votre excellente
envolée du 15/2, je m’étais efforce de tacher de répondre a votre toute
dernière interrogation concernant la venue et les qualifications du président
que l’on nous a force à attendre vainement depuis le 25 Mai 2014. Mais il
semblerait, à présent, que la « clique » se soit décidé que le moment était
finalement venu de nous octroyer ce « jouet » tant désiré.
Comme je l’avais mentionné précédemment, nous avions le choix entre
deux alternatives : ou reformer à grands coups ou subir la ruine a petit feux.
Les « powers at be » en ont décidé
autrement. Ils ont découvert une troisième alternative.
Un premier constat
Tout d’abord, selon mon entendement,il
n’est plus question de changement dans la routine habituelle:
i. Pas de tentative
de remboursement de la dette. Le statu quo demeure et la dette continuera à
gonfler.
ii. La décision de
livrer le pays à l’Iran est prise. Celui-ci se chargera de naviguer la barque,
d’où le dernier slogan Yéménite : « Le Yémen n’est pas le Liban »
iii. La nomination d’un
président qui s’engagerait à superviser l’exécution d’un programme qui lui
serait impose a ete pratiquement decidee.
iv. Le pétrole et le gaz
sont donnes en gage à l’Iran en échange de cette « stabilité ».
Les resultats anticipes
Que les quelques
15,000 « familles », c’est le cas de le dire, qui profitent, de la situation
actuelle, se rassurent. Leurs intérêts
ne sont plus en péril :
i. Les magouilleurs
des enregistrements des biens-fonds ne seront pas inquiétés et pourront
poursuivre sans inquiétudes leurs magouilles de sous-évaluations de propriétés
qui coutent à l’Etat $1.7 milliards de dollars par an.
ii. Les propriétaires
de générateurs prives garderont leurs privilèges lucratifs car les usines de
génération d’électricité ne sont pas pour demain, et le Trésor continuera à
saigner de $2 milliards annuellement.
iii. Les « hommes
d’affaires » ont déjà la salive à la bouche à l’idée des contrats juteux qui
leur seront accordés (port de Beyrouth, projets de Tripoli, barrages et routes
inutiles ou nuisibles etc. etc.). Dieu seul sait combien ces projets couteront
au Trésor et risquent de ruiner, un peu plus notre économie et notre
environnement. Mais ces considérations sont superflues, je vous le dis.
iv. Les banquiers sont
rassures car il n’est plus question, naturellement, de leur demander de réduire
les 6.5% d’intérêts qu’ils récoltent chaque année sur une dette qui n’aurait
jamais dû exister au départ. Peut-être même, que l’on pourrait considérer en
relever le taux d’un demi pour cent « vu
les circonstances » ….. Qu’importe si la Dette Libanaise risque d’atteindre
d’ici 2032 deux ou trois cent milliards de dollars. L’Iran a les poches larges,
et peut se le permettre.
v. Les employés «
fictifs » dans les recoins de l’Administration qui risquaient de voir leurs
juteux emplois disparaitre à la suite de reformes sérieuses seront rassures.
Ils n’ont plus rien à craindre. Tout retournera « à la normale », comme par le
passe.
c. Mais alors, me
demanderiez-vous, comment allons-nous financer tout cela et qu’adviendra-t-il
de la dette ?
Les expectatives
En échange de la venue d’un
Président favorable aux projets persans, l’Iran continuera à financer le
gonflement inéluctable de cette dette quitte à se faire rembourser (jusqu’au
dernier centime, n’en doutez pas) quand le pétrole et le gaz commenceront à
couler.
Ne perdez pas de vue que, quand il y va de son intérêt, l’Iran a la
vision large et la patience sans limites.
Mais alors, qu’adviendra-t-il des reformes dont nous avions rêvé, des
inégalités croissantes au sein de la population, des manques de débouchés pour
les jeunes, des atteintes à l'environnement, des services sociaux qui se font
de plus en plus rares ? Oublions-les, je vous le dis. Tout est une question de
géopolitique en définitive. D’ailleurs qui accepterait que le Liban joue le beau rôle et donne le bon exemple dans cette région du monde ?